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L'exemple des éleveurs anglais: avant tout des gérants d’entreprise

A l’occasion d’un voyage d’étude en Angleterre dans le cadre du projet EuroDairy, un groupe d’éleveurs des Hauts-de-France a pu échanger avec des éleveurs anglais sur leurs stratégies.

 

Ces visites ont parfois été surprenantes, le positionnement étant complètement différent: ici, les éleveurs sont avant tout des gérants d’entreprise!

Une filière laitière fortement restructurée

La production laitière en Angleterre est assez stable depuis 40 voire 50 ans. Par contre, le nombre et la taille des élevages ont fortement évolué. En 1984, le pays comptait 50 000 points de collecte avec 62 VL en moyenne. Aujourd’hui, ce sont 12 500 points de collecte qui sont recensés avec en moyenne 140 VL.
La répartition territoriale a elle aussi évolué, avec un transfert des exploitations laitières vers l’ouest, les conditions étant plus favorables à la pousse de l’herbe.

Les débouchés sont la seconde particularité de la filière anglaise : 50% du lait est consommé sous forme de lait frais (non UHT), les éleveurs contractualisent directement avec les grandes chaînes de supermarché et doivent ainsi répondre à certaines exigences.

Une stratégie globale pour gérer les risques

L’organisme de recherche & développement anglais « AHDB » a travaillé avec des groupes d’éleveurs  pour définir les moyens de s’adapter ou de résister aux risques (de marché, humains, techniques…). Cinq fondamentaux ressortent clairement de cette étude anglo-saxonne:

  • Un travail incessant de réduction des charges
    Dans les 4 exploitations visitées, chaque éleveur connaissait son coût de production et ses chiffres.
  • Un engagement sur les marchés
    En Angleterre, les contrats sont signés de manière individuelle entre l’éleveur et l’entreprise de collecte. Il y a une volonté de définir des contrats plus transparents et compréhensibles, et de pousser les éleveurs à se regrouper.
    Une organisation de producteurs existe en Angleterre.
  • Une approche collective
    Afin de s’adapter à la volatilité des prix, les éleveurs s’engagent collectivement à travers notamment des achats groupés (aliments, carburants…).
  • Des compétences commerciales
    Outre le fait de savoir commercialiser leurs produits, tous les éleveurs rencontrés ont une stratégie clairement définie, avec des actions à mettre en place.
  • Excellence technique
    «Il faut toujours être à son top en terme de performance», voilà leur leitmotiv. Et curieusement face à la taille des troupeaux (400 à 600 VL), cela passe par des équipements simples mais efficaces et un suivi de troupeau régulier (pas de compteur à lait, pas de détecteurs de chaleurs… ).

Les « idées marquantes »  identifiées par le groupe d’éleveurs des Hauts-de-France

  • Dans les grands troupeaux, les équipements simples mais efficaces sont privilégiés, et bien adaptés à une main d’œuvre salarié (par exemple, des barrières automatiques en pâture).
  • Le pâturage des grands troupeaux est possible avec les aménagements adéquates: parcellaire regroupé, aménagement de chemins, clôture et points d’abreuvement.
  • Les problèmes sanitaires sont la problématique rencontrée dans de nombreux élevages, avec l’absence de plan de lutte à l’échelle régionale ou nationale.
  • Avoir du personnel qualifié et durable demande des actions spécifiques pour fidéliser (bien être au travail, responsabilité, niveau de salaires..)
  • Une très bonne efficacité de la main d’œuvre avec notamment la conduite en vêlage groupé qui permet de rationnaliser le travail avec des tâches spécialisées par période.
  • Des investisseurs extérieurs qui permettent d’avoir un outil de travail performant immédiatement, et de partager les risques.
  • Les éleveurs anglais sont avant tout des gestionnaires de leur entreprise. Alors qu’en France, c’est plutôt une exploitation familiale où l’exploitant est avant tout éleveur.
  • L’influence des consommateurs est forte et oriente les systèmes vers le pâturage. Communiquer auprès du grand public est primordial surtout si l’exploitation est de grande taille, cela permet plus de transparence.
  • Une action Recherche & Développement, fortement partagée et portée avec les éleveurs (65% des éleveurs sont touchés par les actions de vulgarisation).

Globalement les éleveurs rencontrés ne représentent sans doute pas la moyenne des éleveurs anglais, mais plutôt la tendance avec une vision entrepreneuriale et ambitieuse, et une liberté d’entreprendre plus importante liée à des contraintes réglementaires moindres.

Avec le Brexit, les éleveurs anglais sont en pleine incertitude. Les conséquences sont encore assez floues, mais les éleveurs et la filière lait s’y préparent : en diversifiant les types de débouchés (en transformation fromagère, la volonté est d’aller vers des fromages à meilleure valeur ajoutée), ou en réduisant leurs coûts de production pour rester performants même sans les aides.

Contact: Elisabeth Castellan, Chambre d'agriculture Nord Pas de Calais

Ce projet bénéficie d’un financement de la Région Hauts-de-France