Vous êtes ici : Accueil > Actualités

Détail de l'actualité

Imprimer la page

Comment tirer profit des contraintes en élevage? Les éleveurs de Haute-Savoie donnent des pistes

Dans le cadre du projet EuroDairy, les éleveurs français participant au projet ont échangé sur la résilience de leurs exploitations et ont plus spécifiquement étudié les capacités d’adaptation des éleveurs de Haute-Savoie face à des conditions pédo-climatiques difficiles.

EuroDairy: S’adapter aux contraintes de son environnement pour en dégager une plus-value

L’objectif du projet EuroDairy est la mise en réseau de groupes d’éleveurs pour développer la durabilité de l’élevage laitier européen.

S’adapter à son parcellaire

Exploiter une ferme de 146 ha de surface agricole entièrement en herbe située en zone de Piémont (c'est-à-dire en basse montagne) avec des pâtures éloignées du corps de ferme, c’est le challenge qu’à relever Jean Baptiste Journet en s’installant il y 20 ans. A l’époque (en 1997), seule une petite partie des terres était en maïs avec des rendements très moyens. La récolte d’herbe était conséquente et la part d’achat de concentrés très importante. Rapidement, la nécessité de changer de système s’est imposée. Le projet d’installation de son frère et la mise aux normes des bâtiments accélèrent la réflexion et les choix. L’objectif est clair: avoir un système viable, vivable, et cohérent avec l’environnement de l’exploitation.

Le système de l’exploitation est alors remis à plat afin d’identifier les points forts de l’exploitation et d’en tirer profit. Le choix est fait de valoriser l’herbe par le pâturage pour alléger les charges, et simplifier le travail (simplification de l’alimentation, réduction des récoltes d’herbe). Plusieurs actions sont alors engagées:

  • Achat d’une salle de traite mobile d’occasion. Celle-ci sera positionnée en point fixe au milieu du bloc de pâture.
    Le lieu est aménagé avec un parc d’attente, une récupération des jus et des chemins d’accès en pâture.
  • Des vêlages groupés sur 11 semaines au printemps.
  • L’évolution progressive du troupeau avec des races rustiques (Montbéliarde, Abondance, Tarine).
  • Des veaux élevés avec des vaches nourrices sur le 2e bloc de pâture.
  • La conversion en agriculture biologique dès 2015.

Avec ces changements, le système permet d’être en pâturage intégral, sans soin ni concentré pendant 7 mois. Le coût alimentaire troupeau est de 79€. Les achats concernent principalement le maïs grain (en bio), soit 550kg/VL/an. La bonne valorisation du lait en IGP (Indication Géographie Protégée) et en Agriculture Biologique permet en 2016 d’obtenir un prix moyen de 577€.

Le poids des aides (Indemnité compensatoire de handicap naturel et aides liées à l’agriculture biologique) a joué dans l’équilibre : à elles seules, elles représentaient 30% du chiffre d’affaires en 2016. Aujourd’hui, l’éleveur a atteint son objectif mais souhaite poursuivre le travail d’optimisation via l’aménagement des chemins d’accès en pâture et la mise en place de réseaux d’eau indispensables pour améliorer ses conditions de travail. 

Valoriser les estives

Autre contrainte, autre solution. Avec plus de la moitié de leur surface en estive (période de l’année où les troupeaux paissent sur les pâturages de montagne) à 1 400m d’altitude, le GAEC EFR l’Aulp a dû adapter son système pour valoriser ses prairies. La totalité du lait est transformé en Reblochon de Savoie ou en Tome fermière pour en tirer un maximum de valeur ajoutée. Une partie de la production est vendue directement sur l’exploitation grâce à la ferme auberge créée sur l’estive. L’autre partie est commercialisée dans les Grandes et Moyennes Surfaces.

Composé de 90 VL de race Abondance, le troupeau produit annuellement 500 000l de lait. Faute de  surface suffisante et de place en bâtiment, les génisses sont placées en pension. Elles sont vendues à 15 jours au prix de 200€ et rachetées prêtes à vêler à 1 600€, pratique courante en zones montagneuses.

Il y a donc 2 bâtiments : un premier dans la plaine pour l’hivernage (bâtiment entravé et salle de traite) et un second dans l’estive (bâtiment entravé et pipeline). Pour un fourrage de meilleure qualité et pour réduire les concentrés (-250kg/VL), un séchoir à balle ronde a été construit dans la plaine où sont réalisées les récoltes d’herbe. Le niveau de concentrés est de 1 800kg/VL, principalement des céréales.

Du 15 mai au 15 septembre, le troupeau est en estive. Toute la famille suit les animaux et déménage  dans l’estive l’été. Les agriculteurs redescendent dans la vallée pour faire les foins. Si ce système permet de valoriser les surfaces et d’en tirer une très bonne plus value, il est cependant très exigeant pour les agriculteurs et leurs familles.
 
Pour aller plus loin, une rencontre des éleveurs EuroDairy est programmée mi-novembre en Hauts-de-France dans le but d’échanger sur la vision des différentes régions européennes concernant la résilience(*) des exploitations laitières.

La filière laitière Rhône-Alpes Auvergne en chiffres

  • 2.6 Md de litres collectés, soit 10% de la collecte nationale
  • 10 000 exploitations laitières
  • 1e région pour de transformation (51% du lait en fromage affiné) et la  vente directe
  • Exploitation moyenne : 90 ha de SAU, 2 UMO, 275 000l/exploitation
  • Principales races: Montbeliarde, Holstein
  • Atouts: 20% du lait en AOP  (22) ou IGP (5) avec un prix du lait en 2016 variant entre 330 et 750€/1000l
  • MAIS 75% des troupeaux en conventionnel (310€ en 2016)
  • Contraintes: 55% des surfaces agricoles sont situées en zone de montagne /en prairie permanente

Contact: Elisabeth Castellan, Chambre d'agriculture Nord Pas de Calais
Pour l’équipe EuroDairy Hauts-de-France

(*) La résilience désigne la "capacité d'adaptation pour assurer la pérennité de l'exploitation via des facteurs sociaux, économiques et environnementaux." Ainsi, soumis aux mêmes aléas, certaines exploitations de la région résistent mieux que d'autres. Plusieurs facteurs entrent en jeu et permettent ainsi d'assurer la pérennité de l'exploitation.

Ce projet bénéficie d’un financement de la Région Hauts-de-France